«XLI - LE PORT»

«Un port est un séjour charmant pour une âme
fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel,
l’architecture mobile des nuages, les colorations
changeantes de la mer, le scintillement des phares,
sont un prisme merveilleusement propre à amuser
les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées
des navires, au gréement compliqué, auxquels la
houle imprime des oscillations harmonieuses, ser-
vent à entretenir dans l’âme le goût du rhythme et
de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte
de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui
qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler,
couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle,
tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux
qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de
vouloir, le désir e voyager ou de s’enrichir.»


[de Petits Poems en Prose (Le Spleen de Paris), Charles Baudelaire, Éditions Gallimard, 1973, pag. 128]
[Ruben P. Ferreira]

 

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